Quand un Homo se marie

Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 13:00

Depuis des mois, je garde ce texte sous le coude. Je ne parvenais pas à me décider à le rendre public. Je le relisais de temps en temps, le cœur serré.

Le contexte. J’étais en détention depuis près de trois mois. Une nouvelle demande de mise en liberté provisoire venait d’être déposée. J’avais un fort espoir de la voir aboutir. Je venais de consacrer deux mois à écrire un long texte, mélange de " mémoires " et de " confessions ". Il ne suffisait pas que Monique ait su, dès avant notre mariage, mes pratiques homosexuelles. Il fallait qu’elle sache tout. Des extraits de ce texte constituent l’essentiel des premiers articles de ce blog. Sous forme de conclusion, je lui écrivis cette lettre, reprise ici intégralement. J’ai déjà dit ici combien, par la suite, je trouvais cette démarche machiavélique. Je l’obligeais à choisir seule, alors que depuis des semaines elle me criait son amour par le moindre de ses gestes. Mais aujourd’hui, cette lettre prend une autre tonalité. Il y a 28 ans que je l’ai écrite. Monique va partir. Pendant tout ce temps nous nous sommes battus pied à pied pour réussir notre vie et faire le bonheur de nos enfants. Nous ne nous sommes jamais quittés plus d’une journée ou deux, et toujours pour des obligations professionnelles. Nous pouvons regarder le monde en face : nous nous sommes aimés au moins autant que la majorité des couples " normaux ". Nous avons assumé nos différences. Nous avons toujours donné la priorité aux intérêts de nos enfants. Je n’ai rien à regretter. Je crois que je peux le dire.

 

 

" POUR TOI "

 

 

 

 

Dans le contexte de mon affaire, obsédé par ma révolte face à la bêtise humaine, face au racisme ignoble dont je suis la victime, face au carcan qui pèse sur la jeunesse dans tous les domaines, et principalement en matière de sexualité, je n'ai pu qu'orienter mes réflexions dans ce sens.

Je n'ai pu parler de tout le reste qui fait notre vie, nos conceptions éducatives, nos opinions politiques, nos ambitions humanitaires, ces petits riens de la vie quotidienne auxquels nous attachons tant d'importance, dans lesquels nous trouvons la preuve que nous avons raison et la justification de nos espoirs, mes onze ans d'expérience professionnelle, ma vision de la pratique ré éducative, de la Justice, de la police, ma vision du monde. Tous sujets que je n'ai fait qu'effleurer, sur lesquels il me semble que j'aurais des centaines de pages à écrire.

C'est pour cela que je ne reconnais pas cet écrit comme mes "mémoires". Tout au plus un cri de désespoir impuissant, assorti d'une tentative de compréhension de l'une des facettes de ma personnalité. J'aurai beaucoup à dire encore, plus tard, près de toi, lorsque le monde aura recommencé à tourner.

 

Ce qu'il y aura peut-être de plus dramatique et de plus difficile à surmonter pour nous sera le fait d'avoir vécu plusieurs semaines séparés. La séparation elle-même n'aura pas été la plus douloureuse. Mais chacun de notre côté, pour la première fois depuis la naissance de notre amour, nous aurons fait un bout de chemin seul, et pas nécessairement dans le même sens.

Toi, aux prises avec les contraintes quotidiennes, tu restes avec une seule obsession : nous retrouver, reprendre notre vie là où elle s'est arrêtée. Moi, devant des feuilles de papier, j'essaye de chasser mes souvenirs, de les trier. Nous risquons d'avoir dès lors deux visions différentes de l'avenir. Elles devront se rejoindre pour que nous puissions cheminer à nouveau réellement de concert.

 

Mon père m'a reproché de m'être marié dans ces conditions. Je me suis également demandé si je pouvais, si j'avais eu raison de t'épouser.

Sans toi, sans les enfants, ma vie n'aurait rien été. Je ne suis que parce que vous êtes.

Mais je comprends que l'on puisse dire : NON !

Quand je t'ai rencontrée, j'ai cru que je pouvais devenir un autre homme. J'ai voulu ignorer une part trop importante de mon être. Et en fuyant lâchement la réalité, je prenais la responsabilité de t'entraîner, ainsi que les enfants à venir, dans la déchéance avec moi. Ces appréhensions, je les avais déjà, je les repoussais violemment au plus profond de moi.

Je t'aurais quitté alors, j'aurais assumé mon homosexualité et choisi la "lutte de libération" dans le cadre des valeurs humaines auxquelles je croyais, tu aurais pleuré, tu aurais souffert, mais tu te serais ressaisie, tu aurais eu la vie devant toi, et simplement une peine de cœur.

J'ai été lâche et égoïste.

 

Quand, après Xavier, j'ai pris conscience de la réalité de la situation, j'aurais dû te quitter. Tu aurais pleuré, tu aurais souffert, tu m'aurais haï, mais tu aurais pu te ressaisir, tu aurais pu te refaire une vie, peut-être connaître enfin le vrai bonheur.

J'ai été lâche et égoïste.

 

Aujourd'hui j'ai tout brisé. Non par ma volonté, je subis une situation bien proche de l'erreur judiciaire. Je n'ai pas commis de crime. Mais pour toi, pour les enfants, le mal est fait. Je pourrais maintenant fuir mes responsabilités, te proposer d'essayer de refaire enfin ta vie, de te débarrasser de mes problèmes et de leurs conséquences.

C'est vrai, je te l'ai déjà dit dans une lettre déjà bien longue : nous ne devons pas nous raccrocher au prétexte des enfants pour t'obliger à supporter une vie difficile et cruelle. Une séparation dans de bonnes conditions, avec des parents non ennemis, avec une organisation dans leur intérêt, leur ferait moins de mal que de partager la vie d'un couple désuni et tiraillé par les haines. Alors, s'il le fallait, je partirais, sans drame, et le plus discrètement possible, et je vivrais pour t'aider, pour les aider. En même temps, je pourrais partir en croisade contre la bêtise humaine, me poser en martyr, et tenter de faire entendre ma voix en profitant d'une "liberté" retrouvée. Faire ça sans te demander ton avis, sous le prétexte de prendre mes responsabilités.

Ce serait simple. Ce serait lâche et égoïste.

(à suivre...)
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 22:42
Je suis déçu... Impossible apparemment d'insérer des photos dans un article déjà archivé... Voici donc un petit complément au billet précédent...

J'ai craqué... Me voici équipé d'un nouveau scanner. Monique est de nouveau hospitalisée depuis cet après-midi, et je n'ai pas su résister... Il faut bien que je m'occupe... lol comme disent nos chers jeunes !


Mariage1.jpg
La fameuse robe qui me plaisait tant...

Souvenir d'un moment si mémorable pour un bi...


genzoe19.jpg                 Mariage2.jpg
 
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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
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      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
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  • Amoureux Bisexualité Honnête à en crever
  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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