Quelques uns le constatent. Je n’écris plus.
J’en ai fait la remarque à plusieurs reprises : il m’est plus difficile de parler bien-être que de farfouiller dans ma souffrance. Probablement parce que les mots approximatifs passent mieux lorsqu’on geint que lorsque l’on ose ne pas se plaindre…
Et pour ce qui est des mots approximatifs !... Vingt Dieux comme je me sens pauvre et ignare !
Lorsque j’ai vu son pseudo sur l’écran MSN je me suis réjoui.
Moi C'est pas vrai ??? Bonjour !
F. Tiens Robert...Comment va ?
Moi Bien ! Première fois que je te vois connecté depuis des mois !!!
Je sais, je sais ! J’ai son téléphone et il ne tenait qu’à moi de ne pas couper les liens. Mais tout un chacun sait que je suis un vieil ours bougon et égoïste…
Moi Si tu lis ma prose devenue rare, tu sais que je suis heureux. Ignoblement, égoïstement heureux, et j'accepte de lui ce que je te refusais. Je suis con, et j'évolue très très lentement en mieux...
F. Je ne sais que te répondre....
Moi Rien... je te vois hésiter, tu sais, il n'y a rien à dire. J'ai pour toi une tendre affection, malheureusement, je n'ai jamais su aller au delà.
Ici, lui, c'est sans doute sa force, ne m'a rien demandé, il a pris, et il a gardé. Point.
F. Heureux? Ce n'est pas l'impression que ta prose dégage....Au contraire elle me donne l'impression que tu en es tjrs au même point. Une incapacité au bonheur méthodiquement entretenue. Alors que tu as aujourd'hui tout ce que tu as tjrs souhaité...
Moi Ah ? Je m'exprime donc mal ! Je connais au contraire un vrai bonheur quotidien, tranquille. Mais je ne suis pas dupe : j'approche les 70 ans, nous venons de fêter ses 24... Il aime les "nounours", et beaucoup lui tournent autour... Je me refuse à envisager les choses en laid : genre il pousse le fauteuil roulant d'un pépé sénile... J'arrêterai avant, je l'espère ! C'est ce qui doit te donner….
Pourquoi je dévoile cette bribe d’intimité, là, aujourd’hui ? Pardon, F.
Depuis des jours cet échange m’obsède. Je dis que je suis heureux, mais le suis-je vraiment ? Je dis vouloir son bonheur, mais ne suis-je pas un pur égoïste, au-delà même de ce que je formule souvent, qui ne pense qu’à son propre bien-être ? Lui, lui, dans tout ça ?
Comment trouver les bons mots pour dire, sans grandiloquence, sans forfanterie, sans impudeur en restant pudique, ce merveilleux jeune corps musclé qui se love contre moi, ce bras si léger qui barre ma poitrine, ces lèvres brûlantes qui viennent nicher un baiser dans le creux de mon cou ? Il dort. Moi, je reste encore un moment éveillé, mesurant chaque millième de seconde d’un bonheur invraisemblable, que je ne saurai plus dire, le lendemain. Je laisse couler quelques larmes apaisantes, et très vite, je le sais bien, je vais le rejoindre dans son cinéma… (J’ai beau faire, il refuse d’appeler ses « rêves » autrement que « cinéma »…)
Comment raconter cette inversion des responsabilités lorsque, alors que je rame au milieu des formalités administratives pour faire immatriculer mon véhicule dans le royaume, ils me gronde me secoue, et décide que ça ne sert à rien d’attendre à Fès que la situation se débloque. Si nous devons partir quelques jours c’est tout de suite, après, il aura trop de travail… Et nous partons. J’aime lui obéir. J’aime sentir sa force de caractère. Comme j’aime calmer son désespoir de voir son avenir bouché ou insondable, et qu’il se réfugie en pleurs dans mes bras. Comment raconter ce qui ne devrait pas être raconté ? Pourquoi, en fait, ces velléités d’exhibitionnisme ?
Nous sommes à Agadir depuis bientôt dix jours. Occasion de nouvelles avancées, de nouveaux bonheurs grignotés. Quatre amis à lui, de son âge, viennent de faire également un séjour
ici, et nous nous sommes retrouvés associés à leurs excursions. Y compris une nuit dans un appartement prêté par un de leurs amis, à cent cinquante kilomètres au Sud. Chérubin a été malade de
peur : quelles questions ces garçons allaient-ils me poser ? Qu’allaient-ils penser ? N’allais-je pas les draguer ? Croiraient-il ses salamalecs
« d’ami-de-l’oncle-qui-en-France »…. Il a paniqué quand je lui ai dit que je ne mentirai pas, que je ne raconterai pas de salade, que je resterai nature, et que ses amis ne poseraient
pas de question… Au fil des heures il s’est libéré, décoincé, enfin soulagé : ses amis ne posaient aucune question, prenaient plaisir à ma compagnie, et m’adoptaient.
Moi, j’ai été encore plus heureux que jamais : une nouvelle porte s’ouvre. Chérubin aura peut-être moins envie de me cacher…
Et puis, la plage… J’adore les regards gourmands des filles et de certains nounours lancés vers MON Chérubin. Où va se nicher l’orgueil ?!!

