Ce voudrait être de l’humour. Un brin de dérision pour relativiser les emmerdes qui me
sont tombés sur le paletot. Oui, mais voilà. Je n’ai ni le cœur à rire, ni l’envie de fanfaronner. J’ai fait -ou plutôt tenté de faire- une énorme connerie, et je me suis fait piquer la main dans
le pot de confiture.
Image classique du gamin déluré qui ne résiste pas aux friandises que la grand-mère pense avoir mises en sécurité en haut de l’armoire normande. Il ne s’agit de rien de plus que ce genre de chapardage, sauf que là, je n’ai plus six ans mais soixante six, et que les conséquences ne sont pas une tape sur les fesses. J’ai, pour un bon moment encore, le front rouge de honte.
Je vais essayer d’expliquer simplement. Non que je doute des capacités de compréhension des quelques lecteurs qui entreprendront de me lire, mais pour tenter, moi, de retrouver mes petits. Et de les remettre dans les bonnes cases.
Revenons à la genèse…Un véhicule étranger, français notamment, ne peut séjourner plus de six mois sur le territoire marocain. J’avais donc dû me résoudre à rentrer en France. Après avoir passé ce temps de rêve à Fès auprès de mon Chérubin, j’ai rencontré de sérieuses difficultés pour quitter le territoire. J’en parlais ici. J’ai ainsi découvert que, hors de l’Europe, les séjours sont rigoureusement règlementés. Les visas touristiques sont généralement accordés pour trois mois.
Les contraintes concernant l’importation d’un véhicule sont encore plus rigoureuses, du moins ici, au Maroc. Pendant mon séjour en France j’ai passé des heures et des heures sur Internet à rechercher une ou des solutions. J’en ai tiré deux possibilités :
- « Perdre » mon passeport, et repartir avec un passeport neuf pour redonner une virginité à mon petit cabriolet chéri. Ainsi fut fait. Je ne pus me résoudre à détruire l’ancien Sésame, et je le planquais soigneusement dans la voiture ;
- Plusieurs internautes conseillaient de sortir du territoire marocain, ne serait-ce que pour 24 heures, pour retrouver au retour un nouveau visa valable trois mois. L’enclave espagnole de Mellilia est idéale pour cette formule…
Nous voici donc partis, Chérubin et moi, pour une balade touristique dans le nord du royaume, qui devait passer par Nador pour me permettre de faire un saut de puce sur le territoire espagnol.
Seulement voila. Au contrôle de frontière le policier me fit les gros yeux en me disant qu’il n’était pas dupe, et que je ne devais pas rêver, je n’obtiendrais pas si facilement une prolongation de trois mois de mon séjour « touristique ». Il m’a fichu la trouille, et m’est alors venue une idée de génie : un tour de passe-passe, et l’ancien passeport a pris la place de celui en cours…
Seulement voila. Les policiers marocains ne sont pas plus cons que les européens… Et leurs outils informatiques progressent de jours en jours.
Résultat des courses : pris en flagrant délit, les doigts dans le pot de confiture. Le rapprochement fait, ils ont exigé que je leur présente les deux passeports (utiliser deux « documents de voyage » est un délit puni par la loi…) Ils ont fait le rapprochement entre les deux séjours de la voiture dans la même année. J’avais donc largement dépassé les six mois règlementaires. Le véhicule est resté bloqué à la douane. Je suis rentré au Maroc à pied…
Bon, après m’avoir traité comme le pire des délinquants, avec un mépris inouï que je n’avais jamais connu, ils ont assoupli leur position en me permettant d’aller à Mellilia garer de façon correcte mon véhicule. Mais je suis bel et bien sorti de la zone douanière à pied, mes bagages à la main.
Nous avons loué une petite voiture, et je suis revenu à Fès, la queue entre les jambes…
Je ne peux rester ainsi. Je dois donc quitter le territoire au plus tôt, aller dans l’enclave espagnole récupérer ma voiture et y prendre un bateau… Qui me fera débarquer dans le sud de l’Espagne ! Il me restera à faire quoi ? Environ 1500 à 1800 kilomètres pour rentrer chez moi…
Pourquoi est-ce que je vis cet « incident » très difficilement ? Il est vrai que, même à l’armée, même lors de mon incarcération il y a plus de trente ans, je n’ai jamais subi un tel mépris, une telle agressivité latente dans une relation. J’ai fauté, oui. J’ai commis un délit, oui. J’ai essayé de tricher, sans nul doute. Mais… J’aime le Maroc, tous ses habitants. Ok, un plus particulièrement. Ok…
Je suis en train de découvrir le plus possible d’auteurs marocains :
- Abdelhak Serhane, « Les enfants des rues étroites » ;
- Ahmed Sefrioui, « La boîte à merveilles » ;
- Driss Chraïbi, « Le passé simple », « La Civilisation, ma Mère !... » ;
- Mohamed Choukri, « Le pain nu ».
Ces auteurs parlent du « protectorat français ». Et je ne dois pas oublier que ce qu’ils racontent a moins de soixante-dix ans. Grosso-modo, la répression sanglante a eu lieu lorsque j’étais né. A cette époque Mohamed Choukri a mangé des poissons pourris et du pain jeté dans une mer huileuse pour ne pas mourir de faim…
Alors, l’agressivité envers un descendant de ces ignobles colonialistes…
Un âne ? Qui est l'âne ?
