Je ne savais comment mettre mon grain de sel dans l'immonde débat qui amplifie, plus approche la proposition de loi pour "un mariage pour tous".
Bien entendu, je suis convaincu que cette avancée sociétale est indispensable pour franchir une marche décisive vers "l'indifférence" que j'appelle de tous mes vœux. Pourtant, moi, j’ai fait un choix tout autre, et je le revendique : je n’aurais pas pu avoir mes enfants –à moi– en dehors du mariage avec la mère de ces enfants. Quand je dis mariage, je veux dire couple ! A une autre époque plus récente nous aurions très bien pu vivre sans bague au doigt ! Je ne pouvais concevoir qu’un père et une mère pour un enfant. Mais je suis bien loin de penser que j’avais raison, hein ! En 1970, je n’étais pas capable d’avoir la distance nécessaire que je parviens à trouver aujourd’hui. En outre, j’avais des convictions fortes, j’exigeais la « perfection » pour ma progéniture… Je voulais lisser les problèmes avant qu'ils ne se posent...
Ce n’était pas un problème de sexualité. Surtout pas ! Monique répétait à l’envie « Ce qui se passe dans le lit de chacun ne regarde personne, hormis lui et l’autre »…
Je revendiquais, je revendique toujours, le « droit à l’indifférence »…
Dans ce débat, je ne pouvais davantage inviter mes enfants. Il leur appartient de faire leur propre chemin. Je suis tellement loin de penser que j’ai eu raison sur toute la ligne ! Tellement loin !
Et puis, ce matin, en surfant je suis retombé sur ce texte déjà lu :
http://sexe.blog.lemonde.fr/2012/09/28/enfants-dhomosexuels-enfants-invisibles
Dont voici l’extrait que je trouve le plus percutant :
VANINA, LYCÉENNE, 19 ANS, TÉMOIGNE
C'est pour lever les obstacles que la "Marche des Fiertés" se mobilise chaque année pour la reconnaissance du mariage homosexuel. Aujourd'hui en France, des hommes politiques de droite et de gauche, des philosophes féministes en vue (Irène Théry, Sylviane Agacinski, ), beaucoup de psychanalystes - le philosophe Didier Eribon parle d'"une véritable horreur de l'homoparentalité chez les psychanalystes" -, défendent l'idée que seuls des couples traditionnels doivent être autorisées à se marier et élever des enfants. Tous discutent à n'en plus finir du drame des futurs enfants d'homosexuels et de dangers encourus par la famille. Mais ils ne voient pas que la vie a passé. Les enfants sont déjà là. Des dizaines de milliers. Une fois n'est pas coutume, la société a évolué plus vite que ses représentants.
Pour s'en convaincre, écoutons Vanina, 19 ans. Elle vient de passer ses épreuves de philosophie
au baccalauréat. Vanina a été élevée par son père depuis qu'elle a un an. C'est simple, elle ne comprend pas les termes de la polémique actuelle, ni aucune des raisons qui motivent la
législation française, qu'elle juge homophobe. "Je ne comprends même pas qu'on parle d'homosexualité. Pourquoi insister sur la vie sexuelle des gens ? Pourquoi s'y arrêter, la juger, la condamner
? La sexualité ne résume pas un individu. C'est une affaire privée, elle ne regarde personne. Etre parent a-t-il à voir avec la sexualité ? L'homosexualité a toujours existé. Le désir d'élever
des enfants aussi. Alors pourquoi s'étonne-t-on qu'il existe des enfants d'homosexuels ? On parle de nous comme des bêtes de foire. Certaines personnes sont homosexuelles un temps, puis elles
changent, ou l'inverse, ou en même temps. Comment va-t-on les classifier ? On présente nos parents comme des pervers, des gens glauques, qui passent leur vie à faire des choses pas propres. Mais
quand va-t-on raconter nos histoires d'amour avec nos parents, notre vie de tous les jours. J'aime la vie que je mène avec mon père. Je trouve les homos drôles, cool, amusants, souvent bien moins
coincés que beaucoup de parents hétéros. Mes copains adorent venir chez moi pour dîner, discuter avec mon père. En même temps, bien sûr, il n'y a pas de famille parfaite, pas de couple parfait.
Se polariser sur la sexualité est une connerie. Je n'hésite pas à le dire. Mépriser les homos, s'arrêter à leur sexualité, nous condamner alors que nous sommes là, est une connerie. Quand je
m'intéresse à un garçon, je lui parle toujours de mon père. C'est un test. S'il régit mal, je n'ai plus rien à faire avec lui. Il ne faut pas se laisser faire. À l'école, j'avais 9 ans, des
élèves ont commencé de se moquer de moi à cause de mon père. Je suis partie pour pleurer. Une fille m'a poursuivie pour se moquer de moi. Je l'ai giflée. Ensuite, les autres sont venues
s'excuser. Je ne demande pas à être reconnue comme fille d'homo, je demande à ce qu'on arrête de croire que la sexualité fait la personne. C'est l'amour qui nous fait."
Ce que certains appellent le droit à l'indifférence.
