Quand il faudrait s'assumer

Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 14:29

J’ai voulu revenir sur mon retour en famille après ma détention. Ce peut être une réponse à ceux qui me reprochent d’être resté avec ma femme et de ne pas assumer ma gaytitude... Il suffit de faire un tour sur un forum de discussion, pour avoir droit à ce genre de remarque acerbe. Mais comment aurais-je pu quitter une femme qui me donnait autant d’amour ? Je l’aimais. Pour autant que je puisse donner un sens à ce mot. J’y reviendrai. Au-delà de la simple reconnaissance, comment seulement envisager de la regarder en face et de lui annoncer que je voudrais vivre ma vie, que je vais l’abandonner avec les trois enfants pour partir à l’aventure, vers l’inconnu ? Il ne s’agit pas non plus de respect de la parole donnée. Bien que ceci ait une très grande importance pour moi. Je ne suis pas capable d’expliquer le pourquoi et le comment. Je n’étais pas capable à ce moment là d’évoquer la simple éventualité d’une séparation. Je n’en ai pas été davantage capable quelques mois, ni quelques années plus tard. Je ne suis toujours pas en mesure aujourd’hui de prendre une telle décision. Je dois me rendre à l’évidence : seule la mort pourra nous séparer. C’est la seule possibilité.

Comment en serait-il autrement ? Aux yeux de notre entourage et de nos enfants nous formons le couple le plus unis qu’il se puisse imaginer. Notre relation est toujours aussi fusionnelle, notre entente parfaite sur tous les grands thèmes de la vie...

D’où vient alors ce vide abyssal dans lequel je suis de plus en plus plongé ? D’où vient ce sentiment d’échec total de ma vie ? J'ai toujours eu la volonté de la rendre heureuse. En m’efforçant de minimiser mes aventures dites extraconjugales. Je sais que je ne l’ai pas vraiment rendu heureuse. Et je n’ai pas vraiment vécu.

Ici, je devrais dire : " heureusement il y a les enfants "... Ils sont désormais loin de nous mais toujours aussi proches, aussi tendres et affectueux. Ils ont tout su de mes combats, et ne m’ont exprimé qu’amour et respect. Mais là aussi je ne peux pas ignorer les échecs et les déceptions. Ils ne sont pas aussi bien dans leur peau que je le souhaiterais. J’ai peur de leur avoir fait du mal en les mettant en situation d’assumer des choix qui n’auraient pas dû les concerner.

... ... ...

Voici plusieurs jours que je tourne en rond pour essayer d’aborder la réalité de ma vie d’aujourd’hui. C’était simple et relativement facile tant qu’il s’agissait de raconter l’historique de notre couple et l’injustice subie. Je pouvais me positionner au dehors, en narrateur. Maintenant je dois affronter mes sentiments, mon Moi secret. Et je ne sais pas si j’en aurai la force. Si je serai capable de garder toute l’objectivité indispensable.

Il y a plusieurs mois, j’avais participé à un forum de discussion sur la bisexualité. Un participant m’avait d’une certaine façon remis à ma place :

 

C'est vrai, on a l'impression que tu joues un peu le "père la morale", surtout pour essayer de te déculpabiliser, sur ce que tu sais être une trahison vis a vis de tes proches ! N'as-tu pas juré devant Mr le Maire ou devant une autorité religieuse, fidélité envers ta femme ?

Dans la vie tout est question de choix tu le dis toi-même. Ton choix n'est pas le mien, je le respecte, mais ton message sent trop l'hypocrisie pour qu'on arrive à "te plaindre", car dans le fond n'est ce pas ce que tu cherches, ainsi qu'une approbation de ton comportement ?

 

Ces jours-ci j’ai découvert un nouveau forum, autour du film " Le secret de Brokeback Mountain ". Film, soit dit en passant, absolument magnifique et bouleversant. Ce forum semble d’une très grande richesse, et je suis loin d’en avoir fait le tour. Un participant cite un article du New York Times :

 

 

... ... ...
Ils se considèrent des époux dévoués, des pères consciencieux et… propriétaire en banlieue et ce qui les amène au point de crise quand ils traversent la quarantaine, cinquantaine voire la soixantaine c’est leur première connexion émotionnelle avec un autre homme.

Pour les Gays (hommes) engagés dans un mariage hétérosexuel, même après que le statut quo soit devenu insupportable, l’attraction de la vie dans un foyer demeure puissante. Beaucoup s’acharnent à préserver leur mariage pour continuer à bénéficier du support émotionnel et financier des épouses ainsi que de certains plaisirs du foyer tel que border les enfants, la nuit venue.

... ... ...

Sortir du mariage et s’installer avec un partenaire gay n’est pas ce que la plupart des homos mariés ont en tête quand ils rejoignent un groupe de soutien, d’après S. McFadden, assistant social en milieu hospitalier, qui dirige de tels groupes à Manhattan. Au contraire après un douloureux éveil/Prise de connaissance de leur orientation sexuelle ; ces hommes veulent sauver leurs mariages. Par le mensonge et les promesses faites aux épouses qu’ils n’auront pas de relations sexuelles avec des hommes quand ils ne les persuadent pas d’accepter leurs doubles vies. (Un petit pourcentage y parvient).

Je ne me sens pas directement concerné par ces analyses. Quoique... D’où vient alors qu’elles m’ont très directement interpellé ? Je suis resté longtemps à m’interroger avant de recevoir en pleine face l’évidence : Je n’ai jamais vraiment aimé. Tout au plus me suis-je laissé aimer... La " première connexion émotionnelle avec un autre homme " n’a en fait jamais existé...

Mes aventures enfantines et adolescentes n’étaient que des jeux sexuels, plus ou moins poussés... Mon amour pour Momo a sans doute été réel. Mais tellement platonique ! Si l’amour avait été aussi puissant que mes souvenirs me le restitue, ne me serais-je pas battu bec et ongle pour posséder l’être vénéré ?... Ai-je vraiment aimé JRC. ? Notre liaison pendant plus de quatre ans n’empêchait ni les séances de drague occasionnelles ni les aventures féminines à l’occasion des vacances. N’étais-ce pas plutôt le besoin de m’approprier, de " posséder ", le garçon le plus séduisant et le plus apprécié de l’internat ?... Et Jean-yves. Oui, j’ai été séduit par son physique. Je me suis laissé désirer, aimer, accaparer. Et je me suis tout de suite enfui lorsque la relation a été fragilisée et qu’il aurait fallu que je me batte pour le reconquérir, pour le garder. Peut-être attendait-il cela. Des actes...

Et ma femme ? Je ne suis pas à même de prendre des positions aussi tranchées... Oui, je doute de ma capacité à éprouver des sentiments vrais. J’ai toujours essayé d’être honnête vis à vis d’elle. Je lui ai toujours dit mes interrogations sur mes aptitudes à aimer. Je lui disais aussi ma seule certitude : je ne pouvais pas me passer d’elle. J’ai toujours été, je suis toujours incapable d’envisager un seul instant de vivre sans elle. Ces dernières années, la vie m’a malheureusement donné des occasions de le vérifier. Chaque fois que la maladie menaçait de me l’enlever, je vivais une effroyable torture, une véritable panique m’envahissait, et je pouvais mesurer l’importance de notre attachement. Mais est-ce de l’amour ?

Et mes rencontres masculines, occasionnelles et furtives ? Je me rends compte maintenant que lorsqu’elles auraient pu être l’amorce de quelque chose de plus fort, je trouvais un prétexte pour parler de ma femme et de ma famille dans les détails... De quoi refroidir le plus téméraire... Je raconterai peut-être plus tard une aventure particulièrement significative. Où, une fois entre autre, je n’ai pas eu le courage de regarder la vérité en face.

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Jeudi 8 février 2007 4 08 /02 /Fév /2007 12:20

Ne jamais mentir à un enfant. Voici l’un des principes pédagogiques essentiels auxquels ma femme et moi sommes profondément attachés. Que ce soit pour " faire croire au Père Noël ", éviter les questions embarrassantes ou, " pour leur bien ", " pour les protéger ". Nous n’avons jamais failli à cette règle. Lorsque j’ai été arrêté, nous n’avons pas eu le temps de réfléchir ensemble à notre attitude vis à vis des enfants. Ne pas mentir. Ne pas dire plus que ce que leur âge pouvait leur permettre d’assimiler et de comprendre. Ni ma femme ni moi ne pouvions imaginer que ce serait si long. Elle leur expliqua donc simplement que j’étais retenu loin de la maison, que je pensais beaucoup à eux, et que j’allais revenir le plus vite possible. Quotidiennement je leur envoyais un très long courrier. Lorsque ma première demande de libération conditionnelle a été refusée, nous avons dû regarder les choses en face. Je pouvais être absent longtemps, nous ne pouvions laisser espérer un retour prochain aux enfants alors que nous n’en savions rien. Le temps imparti pour le parloir a été consacré à cette difficile réflexion. Fred avait cinq ans, Xavier deux ans et demi, Karine était un bébé. Nous avons décidé de dire la vérité aux enfants, sans que les réponses aillent jamais au-delà des questions posées. Ils apprirent donc que j’étais retenu dans une maison dont je ne pouvais sortir sans l’autorisation d’une dame qui pour le moment refusait de me laisser rentrer chez nous. A la sempiternelle question " Pourquoi ? " ma femme expliqua que j’avais fait des choses qui ne plaisaient pas à la dame. Qu’il fallait que j’en parle avec elle pour qu’elle comprenne, et que ce pouvait être long. Dans un deuxième temps seulement le mot " prison " a été prononcé, lorsque, me voyant de plus en plus déprimé, ma femme décida d’amener les enfants avec elle lors d’un parloir.

Pendant les neuf mois de ma détention, ma femme ne manqua pas une seule journée de parloir. Des heures à faire la queue pour se voir pendant une demi-heure derrière une vitre blindée et se parler au travers d’un hygiaphone... Tous les jours elle recevait une lettre en même temps que celle des enfants. Souvent avec beaucoup de retard, tout mon courrier, entrant et sortant, passant par le bureau de la juge d’instruction. Le texte que j’écrivais en parallèle transitait par le bureau de l’avocat. Pour éviter la censure. Je l’avais également autorisé à lire ce manuscrit qui lui donnait le détail de mon vécu et de mes idées, et nous permettait d’aller au plus efficace lors des " parloirs avocats ".

A la veille du premier jugement, je terminais le document par un chapitre qui était destiné personnellement à mon épouse. Je lui laissais le choix –et la responsabilité- de la poursuite ou non de notre couple :

 

Aujourd'hui j'ai tout brisé. Non par ma volonté, je subis une situation bien proche de l'erreur judiciaire. Je n'ai pas commis de crime. Mais pour toi, pour les enfants, le mal est fait. Je pourrais maintenant fuir mes responsabilités, te proposer d'essayer de refaire enfin ta vie, de te débarrasser de mes problèmes et de leurs conséquences.

C'est vrai, je te l'ai déjà dit dans une lettre déjà bien longue : nous ne devons pas nous raccrocher au prétexte des enfants pour t'obliger à supporter une vie difficile et cruelle. Une séparation dans de bonnes conditions, avec des parents non ennemis, avec une organisation dans leur intérêt, leur ferait moins de mal que de partager la vie d'un couple désuni et tiraillé par les haines. Alors, s'il le fallait, je partirais, sans drame, et le plus discrètement possible, et je vivrais pour t'aider, pour les aider. En même temps, je pourrais partir en croisade contre la bêtise humaine, me poser en martyr, et tenter de faire entendre ma voix en profitant d'une "liberté" retrouvée. Faire ça sans te demander ton avis, sous le prétexte de prendre mes responsabilités.

Ce serait simple. Ce serait lâche et égoïste.

 

Je pourrais te promettre que tout est fini, que maintenant, après ce coup de semonce, nous allons pouvoir construire un vrai bonheur, et être heureux sans craindre une "rechute". Je pourrais également t'affirmer qu'à part quelques incartades sans conséquence nous allons bâtir une vie riche où nous pourrons concilier mon désir de justice, ma volonté de prendre en compte le problème homosexuel, notre amour, et le bonheur de nos enfants. La société n'est pas prête à accepter ce genre de situation. Je ne peux te laisser croire à la possibilité d'un pareil bonheur.

Ce serait faux. Ce serait lâche et égoïste.

 

 

J’ai été lâche et égoïste. Ce sermon mélodramatique pour obliger ma femme à exprimer son désir de me voir revenir est, à mes yeux d’aujourd’hui insupportable. Depuis plus de deux mois elle me criait silencieusement son amour. En assurant seule l’éducation de nos enfants, sans jamais m’écarter, en me faisant participer à toutes les décisions importantes. En se dépensant sans compter pour le Comité de Soutien, en mobilisant toutes les énergies de la société civile. En venant me voir chaque fois que le règlement le permettait. Me poser en martyr était à vomir. Puant d’égoïsme.

La justice d’avant 1981 régla le problème. Contre toute attente, de mes avocats, de mes soutiens, de nous cinq, contre toute logique, j’étais condamné à une lourde peine. Je faisais appel. Je restais en prison.

Lorsque au bout de neuf mois je sortais enfin en liberté conditionnelle, j’étais beaucoup plus lamentable. Je retrouvais ma place dans mon foyer. Entouré de l’amour de ma femme et de mes enfants. Mais détruit. Ne croyant plus à grand chose, et surtout pas à la justice des hommes. Sans emploi, sans indemnité, sans aucun revenu. L’objectif réel de cette lourde peine confirmée en appel était de m’écarter définitivement de la fonction publique. Sans que l’amnistie de la prochaine présidentielle puisse me profiter.

Devenu aussi fragile qu’un nouveau-né, j’allais devoir me reconstruire. Je ne demandais plus à ma femme de faire un choix... Je me laissais porter par tant d’amour.

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    Pendant un an, j'ai tenu régulièrement ce blog, alors que j'accompagnais ma femme dans un combat perdu d'avance contre le crabe...

     

Dans une deuxième étape, le blog est redevenu un blog d'humeur. Un journal. Une béquille.
La chronologie n'avait plus d'importance.
  

 
  Puis est survenu l'incroyable : à 64 ans je suis tombé raide dingue d'une petite racaille de 20 ans, hétéro jusqu'au bout des ongles.
Une année de coups de gueule, de bonheurs inimaginables, de doutes et d'espoirs.
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
      1er Février 2012
Je suis de retour dans le Royaume depuis un mois.    
      J'ai entrepris les démarches pour obtenir le statut de résident étranger au Maroc.
      Je ne peux plus me cacher derrière mon petit doigt : C'est ici et seulement ici que je parviens à vivre. Tant que l'administration française s'obstinera à lui refuser un visa de tourisme.
Je ne veux plus me torturer. Dans quelques mois peut-être, lorsque la France sera redevenue une République ouverte et démocratique...
. Pour l'instant je veux vivre. Vivre seulement, enivré par ce bonheur qui était devenu inenvisageable depuis tant d’années. Il est là, ici, maintenant.    
Je baigne dedans.    
       
!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!¡!    
 
       
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  • Veuf depuis décembre 2007, père de trois jeunes adultes. Gay depuis toujours. A 66 ans, je redécouvre l'amour avec un éphèbe marocain trois fois plus jeune !

Constat :

Après 2009, nouveau voyage au Maroc en 2010, et rencontre d'un jeune gay de vingt-trois ans.

Passion soudaine et prodigieusement agréable...

... Plus si soudaine que ça ! voici bientôt un an qu'il ne me quitte que pour aller travailler !

Le reste du temps... Quoi, quoi ?? Ben, imaginez...

Vieux ? Qui ose parler de vieux ?

Et si, là, se trouvait la raison raisonnable ?

 

Je vis cette relation intense que je désirais tant connaître avant de.

Quitter un bonheur aussi intense, aussi incroyable,  ne sera pas facile.

Pourtant. Je verrai.

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