De loin, j’écoute d’une oreille les simulacres de débats qui s’instaurent en France au sujet du mariage
« gay », et je m’insurge, me révolte, m’étouffe, en entendant les inepties prononcées par les différents chefs politiques et religieux. J’ai déjà dit ici mon athéisme, limite
« bouffe curé » comme a pu l’être mon père.
(Pour Lui, pour son futur !!)
Mais je tiens à mon indépendance de pensée qui m’a, seule, permis d’avancer en me regardant dans une glace. Si je ne crois en aucune divinité, si je redoute le mysticisme qui
n’est, bien trop souvent, qu’une facette normée de l’esclavage des peuples, je serais prêt à me battre et, s’il le fallait, à mourir, pour que mon voisin puisse croire à ce qu’il croit.
Je m’insurge contre les églises (toutes !), je respecte la foi, celle de l’homme du peuple comme celle du plus grand théologien sincère.
Je suis trop inculte pour oser philosopher sur de telles questions de société. Je sens simplement, au fond de mes
tripes, que l’enjeu est énorme, que cette loi promise pourrait enclencher un cercle vertueux permettant d’espérer mettre à bas tant et tant de souffrances… Ce n’est pas le choix d’une cérémonie,
qui somme toute me laisse profondément indifférent -hors quelques avancées sociétales, entre autre pour les successions-, c’est un grand pas vers l’universalisme : l’acceptation de
l’autre quel qu’il soit.
Je suis inculte, mais je lis. En ce moment je découvre un auteur franco-libanais, Amin
Maalouf, qui aborde des thématiques qui se rapprochent –pour le moins–, de cette question, dans un texte au titre explicite : « Les identités
meurtrières ». La peur de l’autre, qu’il soit blanc, noir, beur, étranger ou pédé, catholique, protestant, juif ou musulman, c’est un mouvement de recul face à l’immensité de
l’universalisme.
Je ne sais pas pourquoi j’avais fui cet auteur. Je recherchais des écrivains marocains, il n’est pas maghrébin.
Récemment, Chérubin a trouvé ce livre de poche dans le rayon livre du supermarché et il l’a posé d’office dans le caddie.
« Le christianisme est-il, par essence, tolérant, respectueux des libertés, porté sur la démocratie ? Si l’on
formulait la question de la sorte, on serait bien obligé de répondre « non ». Parce qu’il suffit de compulser quelques livres d’histoire pour constater que, tout au long des vingt
derniers siècles, on a torturé, persécuté et massacré abondamment au nom de la religion, et que les plus hautes autorités ecclésiastiques ainsi que l’écrasante majorité des croyants se sont
accommodés de la traite des noirs, de l’assujettissement des femmes, des pires dictatures, comme de l’Inquisition. Cela veut-il dire que le christianisme est, par essence, despotique, raciste,
rétrograde, et intolérant ? Pas du tout, il suffit de regarder autour de soi pour constater qu’il fait aujourd’hui bon ménage avec la liberté d’expression, les droits de l’homme et la
démocratie. Devrait-on en conclure que l’essence du christianisme s’est modifiée ? Ou bien que « l’esprit démocratique » qui l’anime était demeuré caché pendant dix-neuf siècles
pour se dévoiler seulement au milieu du XX° siècle ?
Si l’on a le désir de comprendre, il faudrait, à l’évidence, poser les questions autrement : est-ce que, dans
l’histoire du monde chrétien, la démocratie a été une exigence permanente ? La réponse est clairement « non ». Mais est-ce que la démocratie a pu tout de même s’instaurer
dans des sociétés qui relèvent d’une tradition chrétienne ? La réponse est, ici, clairement « oui ». Quand, où et comment cette évolution s’est-elle produite ? A cette
question –que l’on est en droit de se poser, avec une formulation similaire, à propos de l’islam–, la réponse ne peut être aussi brève que pour les précédentes, mais elle est de celles auxquelles
on peut raisonnablement essayer de répondre ; je me contenterai de dire ici que l’instauration d’uns société respectueuse des libertés a été progressive et incomplète et, au regard de
l’histoire prise dans son ensemble, extrêmement tardive ; que si les Eglises ont pris acte de cette évolution, elles ont généralement suivi le mouvement, avec plus ou moins de
réticences, plutôt qu’elles ne l’ont suscité ; et que souvent l’impulsion libératrice est venue de personnes qui se situaient hors du cadre de la pensée religieuse.
... ... ... ...
Le christianisme est aujourd’hui ce que les sociétés européennes en ont fait. Elles se sont transformées, matériellement
et intellectuellement, et elles ont transformé leur christianisme avec elles. Que de fois l’Eglise catholique s’est-elle sentie bousculée, trahie, malmenée ! Que de fois s’est-elle cambrée,
s’efforçant de retarder les changements qui lui semblaient contraires à la foi, aux bonnes mœurs, et à la volonté divine ! Souvent, elle a perdu ; pourtant, sans le savoir, elle était
en train de gagner. Contrainte de se mettre en cause chaque jour, confrontée à une science conquérante qui semblait défier les Ecritures, confrontée aux idées républicaines, laïques, à la
démocratie, confrontée à l’émancipation des femmes, à la légitimation sociale des relations sexuelles prénuptiales, des naissances hors mariage, de la contraception, confrontée à mille et mille
« diaboliques innovations », l’Eglise a toujours commencé par se raidir, avant de se faire une raison, avant de s’adapter.
S’est-elle trahie ? Bien des fois on l’a cru, et demain encore il y aura des occasions qui le laisseront croire. La
vérité, pourtant, c’est que la société occidentale a façonné ainsi, par mille petits coups de burin, une Eglise et une religion capables d’accompagner les hommes dans l’extraordinaire aventure
qu’ils vivent aujourd’hui. »
Le « mariage pour tous »
n’est qu’une étape de plus dans cette évolution.
Alors, vous savez ce qu'il vous reste à faire, les filles, les mecs, les femmes et hommes politiques qui en ont un
petit peu entre les jambes et entre les oreilles (et symboliquement ce ne sont pas toujours les mâles les mieux pourvus…) : allez-y, foncez !