... Word vient de se planter, lorsque je terminais le deuxième paragraphe... Tout à refaire. Ce serait-t-y pas un signe, ça ? Je disais à peu près...
Papa, tu attendras. Comme me le faisait remarquer Alex, il y a 23 ans que tu fais peser sur mes épaules ton regard silencieux. Alors, quelques jours de plus ou de moins...
Là, maintenant, j’ai envie de parler du vide. Du vide abyssal qui m’envahit depuis plusieurs jours. Mais est-ce finalement si éloigné que ça du sujet qui m’obsède, toi, depuis quelques temps ? Je ne sais pour ainsi dire rien de toi...
Mais ce vide... Depuis qu’Alex a choisi le silence insupportable. Que la bulle Nicolas a implosé en plein vol. Que le forum rame dans une fausse gaieté vaine. Que WajDi ébloui court après ses fantasmes. Que mes correspondants les plus sympas disparaissent dans les limbes des vacances conventionnelles...
Dans un premier temps, j’ai pensé que mes réactions étaient exagérées, anormales. Les relations sur Internet, vont, viennent... Je n’avais aucune raison d’en attendre autre chose. La disparition d’Alex était ainsi programmée dès le départ. Je l’avais évoqué à plusieurs reprises, y compris avec lui. Il tourne la page, c’est bon et positif, au moins pour lui. Bon. Les conditions de la " rupture " auraient pu être plus saines et plus claires. Mais enfin...
Donc il fallait que je cherche ailleurs. Ma frustration était significative. Mais de quoi ?
J’ai lu et relu mes derniers billets, comme si c’était là que je devais trouver la faille. La douleur ne diminuait pas, au contraire... En fait, depuis début juin, soit près de deux mois, mes billets se sont progressivement et imperceptiblement consacrés à mes relations virtuelles. Alex, WajDi, et quelques autres. Le but initial qui était de raconter un cheminement responsable dans les méandres de nos maladies, à l’intention de mes enfants, s’était progressivement dévoyé...
Et ces conseils convergents, de plusieurs correspondants... " Abandonne ton écran, va prendre l’air... ", " Oublie le virtuel, fais de vrais rencontres, dans le réel... " Aurais-je décroché de la réalité ?
Et cette phrase de WajDi, qui m’avait tant secoué... " C'est ton travail à faire sur toi. Etre en relation avec kelk'un. " ... Ne serais-je donc qu’un asocial ? Le serais-je devenu ? Mais mon corps le crie par tous ses pores : je suis le contraire de ça !
J’aime, j’ai toujours aimé les autres. Je les aime et j’ai su me faire aimer d’eux... J’ai toujours été très ouvert et très à l’écoute. Je ne connais que trop bien et je ne mets que trop en avant mes défauts ! Que j’assume au moins les quelques qualités dont je dispose !
En octobre prochain, nous allons fêter nos quarante ans d’amitié avec Bob, mon meilleur ami. Jaja, qui était à la maison il y a quelques jours, me connaît depuis tout aussi longtemps. Martine, notre amie commune, si elle vivait encore, serait auprès de moi à coup sûr. Il n’est pas un jour où je ne pense à elle. Je garde des contacts avec mes anciens collaborateurs de l’époque informatique. Plusieurs de mes collègues de mon dernier emploi sont devenus des amis. Le chauffeur de taxi et son épouse qui nous ont trimballés ma femme et moi aux séances de radiothérapie pendant trois mois, sont devenus de bons copains qui nous ont invité plusieurs fois chez eux. Ils m’ont prévenu de la naissance de leur petite dernière par SMS, une demi-heure après la naissance. J’en ai été profondément touché. J’arrête là la liste. Je n’ai rien à prouver. Je ne suis pas seul et isolé. Et pourtant...
Je ne peux même pas dire que ces proches ne connaissent qu’une part de moi-même. Qu’une image fausse ou artificielle. Tous ou à peu près connaissent les différents versants de ma personnalité. Je ne me cache pas derrière un personnage. J’essaye toujours de m’assumer avec un maximum de transparence dans toute la complexité de ma personne.
Je sais depuis longtemps que ma femme et moi semblons avoir une sorte de facilité pour susciter les confidences et les épanchements. J’en ai un
peu parlé sur ce blog. Nous en parlons parfois entre nous. Les voisins, les collègues, les amis de nos enfants sont venus à un moment ou à un autre vider leurs sacs dans nos oreilles
réceptives... C’est un étrange mécanisme que l’enclenchement des confidences... Un jour j’en parlais à Alex :
22/06/2007 06:46:11 Bob Tu sais, toi, pourquoi je provoque les confidences comme ça ?
22/06/2007 06:47:16 ALEX Parce que tu écoutes bien, je sais pas. Et aussi parce que rien ne te choques.
22/06/2007 06:48:37 Bob Je suis le vieux sage ?
22/06/2007 06:49:16 ALEX et puis aussi parce que tu as vécu plein de choses, et que tu as le recul, faut quand mème que ça serve à quelque chose, non ?
Je n’étais pas plus avancé. Vieux sage, non, car ceci a toujours été, même lorsque j’étais jeune. Mon problème n’est donc pas " d’entrer en relation avec quelqu’un "... Des " quelques-uns uns ", il y en a des tas... Bon, c’est vrai, depuis que je suis ici en Provence, je me sens beaucoup plus isolé. Il n’y a pas toutes les facilités de la région parisienne, tant au niveau relations amicales qu’au niveau drague... D’ailleurs presque tous les amis que je cite sont là-bas. Et je ne peux espérer que des visites occasionnelles. Quant à la drague... Dans ce que j’ai dit ici, ai-je été totalement objectif ? Ce matin, je me suis amusé à essayer de décompter... Je dépasse la trentaine de rencontres... Alors que je traîne très très peu. " Performance " honorable. Quand il n’y a personne, il n’y a personne... A la différence de Paris, où, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, il y a toujours un coin pour traîner sa misère et rencontrer une âme sœur... Mais surtout, j’essayais de passer en revue les vestes... Les mecs tops qui m’avaient échappé. Pas besoin des deux mains pour en faire le compte... Quant aux heureux bénéficiaires de mes tendres attentions, je n’avais vraiment pas à en rougir. Tous étaient fort agréables à regarder et à ... approcher... Celui d’hier est le plus vieux... J’en ai dit deux mots sur le blog de WajDi. Je cite :
" Je passe sur les allées et venues vaines et inutiles... Enfin une voiture immatriculée hors du département, un touriste. Un visage super viril et avenant. Pas jeune. Mais cageot pour cageot... Approche, accroche, consommation.... Cette démarche qui t'intrigue tant... Et le mec s'avère plus que pas mal... Un peu mieux même. Un corps magnifique, une musculature superbe, bien dessinée, pas de la gonflette. Tout rasé. Tout. Les poils commencent à peine à repousser... Excitant. Merveilleux moment. J'irais pas jusqu'à de la tendresse, mais beaucoup d'attention, d'écoute de l'autre. En fait un pied extra... "
Des " vieux " comme ça, je voudrais bien en rencontrer tous les jours... Il avait certainement une petite quarantaine... Alors, de quoi je me plains ?
Mais qu’est-ce qui me manque bon sang de bonsoir ? Pourquoi ce sentiment de vide étourdissant ? Pourquoi un petit con de vingt-cinq ans, amoureux d’un mec de son âge a-t-il rempli brutalement ma vie pour, tout aussi brutalement laisser ainsi un trou béant ?
Dans ses derniers messages, Nicolas m’a dit : " je ne sais pas quels sont tes problèmes;, ou tes propres angoisses... " Un scoop, Nicolas... Je ne le sais pas moi non plus...
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage...
Je pensais avoir un peu avancé. Les murs de la forteresse étaient revenus au devant de la scène. Je voyais mieux les blocages dans mes relations " classiques ". J’assimile bien que mes relations " sexuelles ", dépourvues de tout sentiment, éphémères, basées uniquement sur l’acte, sont particulièrement frustrantes et contraires à mes désirs réels. Je sais bien que, tout libéré que je me décrive, voulant farouchement assumer ma sexualité, c’est là, dans ces rapports que je joue le plus un personnage. Personnage imposé souvent par les partenaires, je l’ai déjà dit, qui recherchent le mec viril... Personnage dont je ne peux me débarrasser même lorsque je cherche à être le plus " vrai " possible... Les murs de la forteresse semblent, sur ce point indestructibles. Pas une fois... Si, une fois, et le souvenir de cette aventure me revient de plus en plus souvent en mémoire. Il faut que je l’expurge...
J’avais un peu moins de quarante ans. Il n’y avait que deux ou trois ans que j’étais sorti de prison. Je travaillais à Paris, rue La Fayette, près de la gare du Nord. Haut lieu de drague, immortalisé dans le film " L’Homme Blessé " de P. Chéreau... Exactement ce que j’ai connu. J’utilisais souvent ma pause de midi pour aller y faire un tour. Je n’aimais déjà pas la drague effrénée, et je ne me prêtais pas au jeu des " chaises musicales " dans les urinoirs, qui consiste à glisser d’une pissotière à l’autre pour se rapprocher de l’éphèbe visé... Je préférais rester dehors, appuyé à un poteau. Ceux qui étaient intéressés n’avaient qu’à me le faire comprendre. Il avait pour cela fallu que je dissuade les vieux habitués qui au début se précipitaient vers moi. J’avais parfois dû faire les gros yeux pour obtenir ce résultat. Il avait fallu aussi que je fasse comprendre aux jeunes gigolos (et il y en avait beaucoup !) que je n’étais pas un client potentiel. Là, lorsqu’ils avaient compris que je n’étais pas un " micheton ", de réelles sympathies s’étaient créées, et il m’arrivait souvent de discuter pour passer le temps avec certains d’entre eux, l’œil toujours aux aguets pour ne pas louper la bonne occase...
Un jour, j’étais ainsi appuyé près du plan RATP lumineux. J’attendais... Un jeune, une splendeur, sac d’écolier à l’épaule, passe devant moi et me regarde... Quelques minutes après il repasse... Revient sur ses pas, consulte le plan, appuyant sur les boutons de différentes destinations... Il repart, revient, repasse, posant toujours sur moi un regard franc et limpide. Des yeux verts à faire damner un saint... Au bout de quelques manœuvres, je me décide à lui parler...
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- Tu cherches quoi, au juste ? Parce que là, j’ai l’impression que tu fais erreur... Tu cherches l’utile, ou l’agréable ?...
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- L’agréable ! Bien sûr ! Bon, quand on peut joindre les deux, l’utile et l’agréable, ce n’est pas plus mal...
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Et ce, avec un sourire charmant, découvrant une dentition parfaite. Mon cœur a commencé la sarabande, et j’ai eu quelque peine à garder mon calme...
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- C’est bien ce que je craignais... Tu vois avec moi, il ne peut y avoir que l’agréable, l’utile me débecte, je ne le supporte pas... J’aime donner du plaisir, je ne vais pas en plus donner le contenu de mon portefeuille... Pas encore assez vieux...
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- Et alors ? Si je te dis que ça me va ?
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Le ciel me tombait sur la tête. Je restais sans voix. Il m’a certainement fallu un bon moment pour reprendre mon contrôle. Ce n’était pas possible, un aussi adorable mec. On ne pouvait pas faire ça à la sauvette dans quelques recoins de la gare... Il fallait que je réagisse, vite... Je lui demandais s’il avait le temps pour que l’on aille dans un coin tranquille. Je lui parlais de prendre une chambre d’hôtel... Pas une seconde d’hésitation. Il m’a suivi.
A l’époque, devant la gare du Nord, les hôtels n’étaient pas très regardants. Le relatif libéralisme des débuts du mitterrandisme nous avait, pour un temps, débarrassé de la pression policière. Nous nous sommes très vite retrouvés au calme dans une chambre d’hôtel, plutôt coquette...
Je n’ai pas envie d’étaler ces instants de rencontre, intenses et pleins de sensualité. Je découvrais un corps parfait, un garçon au charme fou, d’une beauté à laquelle j’avais peine à croire. L’effeuillage fut long et polisson... Lorsque nous nous sommes retrouvés enfin nus dans le lit, il m’a demandé :
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- Dis, tu voudras bien qu’on le fasse plusieurs fois de suite ?
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Je suis bien incapable de dire ce que j’ai répondu... J’étais en train de devenir follement amoureux... La première fois depuis Mehdi... Le rapprochement n’était pas fortuit. Ils avaient le même âge, et maintenant que je l’avais vu nu, je pensais bien qu’il devait lui aussi être beur, malgré son visage absolument pas typé, ses yeux clairs et son prénom, d’emprunt bien sûr : Eric. En quelques minutes, je ne contrôlais plus mes sentiments. Il pouvait faire de moi ce qu’il voulait. Il ne s’en est pas privé. Il ne s’acceptait qu’actif. Je me suis soumis. Il était insatiable. Je me suis montré réceptif. Il était un peu déçu que je ne jouisse pas et ne bande même pas quand il me prenait. Malgré mes efforts, là je n’ai pas pu. Alors il aimait que je m’abandonne totalement quand il me conduisait au plaisir . Je m’abandonnais à ses quatre volontés. Plusieurs fois. Puisqu’il le voulait... Il était près de cinq heures quand nous avons quitté l’hôtel et que j’ai pu rejoindre mon bureau... Heureusement que mes patrons m’appréciaient... Bon, il y a eu quelques sourires en coin... Qu’importe... Je planais.
Ma liaison avec Eric a duré plusieurs mois. Il m’a fait tourner en bourrique. J’ai pris pour lui des risques insensés. Il était mineur. Je ne me souviens plus de ses vrais nom et prénom. Pourtant, il m’avait montré sa carte d’identité pour me prouver qu’il était bientôt –3 mois- majeur. Je n’avais pas les moyens de payer chaque fois une chambre d’hôtel. Il venait à mon bureau. Pendant que les collègues étaient au restaurant, nous faisions l’amour, là, sur la moquette... Puis il utilisait le téléphone professionnel pour appeler ses copains et ses copines... Nos rencontres étaient rythmées par ses horaires de lycée... Je devais être libre quand il l’était. Certains soirs, j’avais toutes les peines du monde à le faire patienter jusqu’à ce que mon dernier collègue quitte le bureau. Il se moquait des risques que je prenais. Je lui ai même donné mon adresse pour qu’il m’écrive pendant les vacances. Monique a beaucoup tiqué sur les cartes postales, pourtant aux textes anodins...
Jamais il n’a été question d’argent entre nous. Et pourtant... Un jour je l’ai vu sortir de " notre " hôtel en compagnie d’un mec que je connaissais pour être un fidèle client des gigolos de la gare du Nord. Pourtant certains jours où nous allions à l’hôtel, je le voyais gêné devant le réceptionniste... Visiblement ce n’était pas la première fois de la journée qu’il venait là... Je n’ai jamais été jaloux. En quoi aurais-je pu être exigeant envers un jeune plein de vie, étonnamment insatiable, qui devait se contenter de mes disponibilités, relativement rares ? Plusieurs fois nous en avons parlé, comme ça...
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- Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire, puisqu’à toi, je n’ai jamais demandé d’argent ? Il y en a qui aiment en donner...
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Je ne sais pas jusqu’où j’aurais pu aller... Je préfère ne pas y penser. Pour ses dix-huit ans, je l’ai conduit dans des magasins de sport pour qu’il choisisse un cadeau. Il avait envie d’un jogging blanc... Je n’ai pas regardé le montant de la carte bleue. J’étais heureux de lui faire plaisir.
Pas de dispute. Pas de difficulté. J’étais toujours autant amoureux. La passivité me frustrait, bien sûr. Je trouvais quelques compensations ailleurs... Et un jour, sans crier gare, sans prévenir, il a disparu. Pas un mot, pas un billet. Silence total sur les ondes. Il m’a fallu plusieurs mois pour me remettre.
Bon. Pourquoi cette histoire me hante-t-elle depuis quelques jours ? Un jour en parlant avec Alex elle m’est revenue en mémoire. Je l’avais parfaitement occultée. Pourquoi ? Pourquoi elle revient maintenant, si forte ? Parce que c’est la seule fois de ma vie que je me suis comporté en passif ? Parce qu’à ce moment là j’ai approché ce que pouvait être le sentiment d’amour ? Plus encore qu’avec Mehdi ? Parce que c’est un échec, aussi brutal et soudain que la disparition d’Alex ? Peut-être un peu tout ça. Mais surtout, parce que c’est la preuve flagrante et criante que je ne parviens pas à être vrai dans une liaison entre hommes. Ou je me caparaçonne dans un personnage de mec viril, limite macho, ou je m’écrase comme une carpette, abandonnant toute fierté. Peut-être ça qui l’a fait fuir. Je me dis parfois qu’il aurait peut-être voulu que je me montre plus entreprenant, plus exigeant, que je lui ouvre de nouveaux horizons...
Pas encore aujourd’hui que je trouverai les réponses. Surtout si personne ne m’aide.
